Le syndrome de Charles Bonnet

Le syndrome de Charles Bonnet

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Rédigé le 16/07/2019
Lecture du jour
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Le syndrome de Charles Bonnet est une hallucination visuelle rare mais qui doit être évoqué. La fréquence est sous-estimée.

Elle survient surtout chez les personnes âgées porteuse d’un déficit visuel. La privation sensitive visuelle est ici la cause : DMLA, cataracte (primaire ou secondaire)…

Le syndrome de Charles-Bonnet (SCB) est défini par

  • Des hallucinations visuelles construites, complexes, persistantes ou récidivants et stéréotypes (des scènes élaborées, souvent en couleur voire en relief, muettes mais mobiles, de taille normale ou réduite mais qui donnent toujours une forte impression de réalité)
  • Une critique des hallucinations complète ou partielle
  • Absence d’idées délirantes primaires ou secondaires
  • Absence d’hallucinations dans d’autres modalités.

Ce syndrome a été décrit pour la première fois par Charles Bonnet en 1760, philosophe et naturalise suisse. Il s’agissait de son grand père.

C’est en 1938, que De Morsier propose de nommer aux hallucinations visuelles qui apparaissent chez des vieillards alors que les autres fonctions cérébrales sont intactes le terme de syndrome de Charles Bonnet, il rapporte l’extrait du livre en 1967.

Essai  analytique sur les facultés de l’âme paru en 1760, Charles Bonnet rapporte le cas de son aïeul, l’ancien syndic Charles Lullin, alors âgé́ de 89 ans. Cet homme « plein de santé, de candeur, de jugement, de mémoire, en pleine veille, indépendamment de toute impression du dehors, aperçoit de temps en temps devant lui des figures d’hommes, de femmes, des oiseaux, des voitures, des bâtiments etc... Il voit ces figures se donner différents mouvements, s’approcher, s’éloigner, fuir ; diminuer et augmenter de grandeur ; paraitre et reparaitre. Il voit des bâtiments s’élever sous ses yeux... ; les tapisseries de ses appartements lui paraissent changer tout à coup, ses tapisseries se couvrir de tableaux qui représentent différents paysages... » Charles Bonnet note également que l’hallucination est purement visuelle : « les hommes et les femmes ne parlent point et aucun bruit n’effleure son oreille. » Il insiste sur le point suivant : « mais ce qui est très important à remarquer, c’est que ce vieillard ne prend point comme les visionnaires ses visions pour des réalités, il sait juger sainement de toutes ces apparitions et redresser toujours ses premiers jugements. Sa raison s’en amuse. Il ignore d’un moment à l’autre quelle vision s’offrira à lui. »

Circonstance favorisante : vieillissement lié à l’augmentation des ophtalmopathies et la baisse de luminosité (en fin de journée).

Chez la personne âgée il faut éliminer une cause psychogériatriques car les hallucinations visuelles sont décrites dans toutes les démences.

  • Démence à corps de Lewy (80% présentent ce symptôme avant déclin cognitif)
  • Maladie de Parkinson, (40% des patients en présenteront : traitement ou maladie)
  • Mais aussi un syndrome confusionnel
  • Maladie psychiatrique de la personne âgée (schizophrénie à début tardif..)

Le syndrome de Charles Bonnet est une pathologie bénigne, des neuroleptiques atypiques peuvent être proposés mais aucun traitement n’est validé. Il faut l’évoquer pour ne pas étiqueter le patient en maladie psychiatrique et éviter la réalisations d’examens complémentaires répétés. Le réassurance permet également d’améliorer les symptômes, beaucoup de patients n’en parlent pas peur d’être considéré ou adressé en psychiatrie.

Hypothèse causal : phénomène appelé release phenomenon : les hallucinations apparaîtraient au niveau du cortex visuel du fait que celui-ci ne reçoit plus suffisamment d’impul-sions du système visuel. Ce phéno-mène s’apparenterait au syndrome sensitif des amputés, c’est-à-dire la sensation d’existence d’un membre fantôme.


Sources

Hallucinations visuelles et maladie de Horton : à propos du syndrome de Charles Bonnet, J. Bloch, S. Morell-Dubois, E. Koch, D. Launay, H. Maillard-Lefebvre, A.-L. Buchdahl, E. Hachulla, J.-F. Rouland, P.-Y. Hatron, M. Lambert,

Comorbidités psychiatriques et pychologiques du syndrome de Charles-Bonnet typique et atypique R. Bou Khalil, S. Richa

La forte propension à délirer du sujet âgé : comment, quand, pourquoi ? N.Bazin

Adaptation au scotome central. Partie III, S.Y. Cohen, J.-F. Le Gargasson