Grossophobie, image de soi et thérapie : une expérience personnelle

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Rédigé le 21/05/2021
Par Martin Winckler (Marc Zaffran)
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Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage « C’est mon corps », et je vous écris pour vous faire part de mon expérience personnelle par rapport à la question du surpoids.



Aux pages 312-313, vous attirez l’attention des lectrices et des lecteurs sur la grossophobie. Puis vous écrivez que « Plus on harcèle quelqu’un au sujet de son poids, plus on risque de lui ouvrir l’appétit ». Cela fait six mois que j’effectue un travail avec une psychologue, spécialisée dans la gestion de l’alimentation. Et elle a changé ma vie.



Je ne vais pas vous raconter toute mon histoire familiale, il faudrait un livre, mais pour aller vite, j’étais à l’école primaire lorsque le médecin scolaire a écrit sur mon carnet de santé : « attention à la courbe pondérale ». Parce que mon poids était au dessus des courbes dessinées dans les carnets de santé de l’époque. 


Cela m’a suivi toute ma vie, a poussé ma famille à me mettre au régime, à me faire consulter des nutritionnistes etc etc. Vous vous en doutez, les choses n’ont fait qu’empirer. Je suis une femme sportive, j’aime les activités de plein air, et je mangeais ce que l’on qualifie de « nourriture équilibrée ». Mais je faisais une taille 48, quand mes soeurs faisaient un 36 ou un 38.



Ce qui rend le surpoids si compliqué, ce n’est pas l’appétit. C’est la nourriture émotionnelle. On mange, de façon automatique, parce qu’on a peur, qu’on est triste, qu’on est contrarié, qu’on est stressé ou encore qu’on se sent coupable.



Et quand tout le monde passe son temps à vous faire remarquer votre surpoids, les émotions explosent. Il n'y a même plus besoin de mots. Ça peut être vous offrir des vêtements qui sont trop petits par exemple. Quand vous mangez, vous culpabilisez constamment. Et vous mangez encore pour faire passer la culpabilité.



En six mois de travail avec cette psychologue (que j’ai trouvé grâce au site du GROS), j’arrive désormais à ne plus considérer un aliment comme « bon » ou « mauvais » de base. Je mange ce que j’aime et ce dont j’ai envie. (Il m’a fallu du temps pour savoir ce que j’aimais réellement. Et c’est là que j’ai compris l’ampleur du problème). J’écoute mieux mon corps. Je l’accepte mieux. Donc je mange moins. Je culpabilise moins. Et c’est un cercle vertueux. Je ne sais pas combien de poids j’ai perdu, parce que je ne me pèse plus. Mais il m’a fallu racheter une nouvelle ceinture, j’étais arrivée au dernier cran de l’ancienne. Et surtout, manger n’est une angoisse que de façon très ponctuelle.



Je sais que votre ouvrage n’était pas à propos du surpoids. Mais aujourd’hui, cette soignante extrêmement bienveillante m’a permis de me sortir d’un cercle vicieux. Et j’ai l’impression que toute la société a encore beaucoup trop d’oeillères. Tout le monde ne me parle que de régime et de maigrir et de supprimer le fromage et le dessert.



Et j’aimerais tellement que la libération que je vis en ce moment puisse être vécue par d’autres personnes. Je ne connais pas votre histoire personnelle et si vous avez été confronté à cela ou pas. Mais si vous saviez à quel point il est douloureux d’être une femme en surpoids en France. A quel point j’ai souffert en silence.



Je vous l’écris parce que je me dis que vous arriverez peut être à faire passer le message, d’une manière ou d’une autre.



A.