Atchoum

Lucie Lamord prépare l’ECN

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Rédigé le 22/12/2018
Par Z
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Quand on lui en avait parlé les années précédentes, Lucie Lamord avait compris que ce ne serait pas facile. Mais ça y est, elle y était. Dernière année de médecine: elle préparait l’ECN, l’Examen Coupant National.

Elle avait les idées claires sur ce qu’elle voulait faire comme spécialité: elle aimerait être MP dans une MSG (Médecin Paternaliste dans une Maison de Santé Géante). Pour pouvoir rester dans sa région et avoir cette spécialité, elle avait calculé, en étudiant les classement ECN des vingt dernières années, qu’elle devrait être classée avant le n°4783. Cela semblait faisable, sur 8000 candidats. Malheureusement les classés entre le n°500 et le n°6000 n’étaient en fait départagés que par centièmes de points. Il suffisait donc de louper deux QCM pour dégringoler de 1000 places et se retrouver envoyé à Trifouillis-les-oies faire une autre spécialité.

Les années précédentes, Lucie avait l’habitude de travailler avec Victor, mais, cette année, ils avaient du s’éloigner. En effet, Victor souhaitait être chirurgien esthétique à Nice, un des poste les plus convoités: il devait être classé dans les 30 premiers. Sous une telle pression, Lucie avait vu son camarade se transformer. Il ne se nourrissait plus que de repas industriels mixés qu’il avalait dans une gourde tout en travaillant pour ne pas perdre une seconde. Son teint était pâle, cela devait bien faire 6 mois qu’il n’avait pas vu la lumière du jour. Il était à cran, toute discussion légère était devenue impossible.

Trois fois par semaine, la faculté organisait des séminaires de préparation en soirée. Ce mardi-là, c’était sur les maladies pulmonaires. Lucie se cherchait une chaise libre au milieu des places « réservées ». La conférencière qui avait été invitée à faire ce séminaire était une jeune interne qui avait passé l’ECN l’an passé et l’avait réussi avec brio en terminant 289ème. Elle représentait le modèle à suivre. Sur le diaporama, les QCM s’affichaient les uns après les autres à une vitesse difficile à suivre.

  • Question numéro 12: « Dans la MPCO (Maladie Pulmonaire Chronique Obstructive), un débit expiratoire minimal de 47ml par minute classe le patient dans quelle catégorie de De LaFluide: A) Ia B) Ib C) II D) III? »

Lucie avait répondu Ib un peu au hasard, elle se souvenait que la limite était autour de 40-50. Réponse de la conférencière:

« C’était la réponse A: Ia. Vous devez connaître la nouvelle classification de la recommandation n°978 parue en octobre! Selon la précédente le patient aurait été Ib mais avec la nouvelle il est Ia. Si vous ratez ça vous perdez 200 places! »

Un peu honteuse, Lucie tentait de cacher la mauvaise réponse sur sa feuille. Son voisin de table jetait dessus un regard en coin.

La question numéro 27 portait sur le score PTDR de la nouvelle recommandation de la SEB (Société Européenne des Bronches) pour l’asthme immuno-allergique de l’enfant drépanocytaire. Un étudiant leva la main pour poser une question:

« Pourquoi est-ce qu’on doit apprendre ça? C’est inutile! On ne va jamais s’en servir! C’est une affaire de spécialistes, ça! Moi je veux être gastro-entérologue, je m’en servirai jamais! »

Il se rassit, visiblement énervé. Un brouhaha a commencé à s’élever dans la salle, des visages exaspérés se sont retournées vers le jeune homme. On entendait des soupirs désapprobateurs. La conférencière tenta de répondre:

« C’est comme ça, c’est l’ECN! Si tu veux un bon classement, il ne faut pas trop te poser de questions. »

« C’est du temps perdu! » ajouta-t-il plein de frustration et de rage.

« Si tu perds ton temps alors tu n’as qu’à partir! » lui lança alors un autre étudiant en se levant de sa chaise. Il fut rapidement repris par une majorité de l’assistance.

« Ouais si ça te plaît pas rentre chez toi et laisse nous bosser! » ajouta une autre étudiante.

Le jeune homme finit par ranger ses affaires rageur et partit sous les huées.

La conférence reprit son cours comme si rien ne s’était passé.

« Donc, selon la classification 2018 de la SEB, un score PTDR compris entre 58 et 64 place le patient dans la catégorie IIIb, ce qui donne une indication à une corticothérapie, sauf si la CRP est supérieure à 70 millimoles par litre, auquel cas on passe en catégorie IV… »

L’esprit de Lucie divaguait. Les mots dansaient dans sa tête… la CRP, la SEB, la MPCO, l’ECN, le classement, le score, la catégorie… Elle finit par s’endormir paisiblement sur sa feuille.