Atchoum

Au milieu du fracas des brancards

Rédigé le 01/12/2018
Z

Elle est plutôt petite. Personne ne la regarde.

Elle est un peu grise. Un peu bleue.

Elle doit se sentir seule, et même un peu vide.

Tout s’agite autour d’elle.

Les brancards qu’on déplace avec force, dont le claquement du frein vient résonner contre les murs pâles. Les soignants qui courent, les patients qui gémissent. Les policiers qui font le guet, avec leur gilet pare-balles comme si c’était la guerre.

Elle, elle ne bouge pas. Elle attend, impassible.

Et soudain c’est le branle-bas de combat: voila le SAMU et les pompiers, un corps emballé dans une coque de plastique orange dont on ne voit que des tuyaux dépasser. On se pousse, ça s’agite, on s’énerve, on déplace les brancards, mais qui a laissé le frein? CLAC. CLAC. CLAC.

Elle, elle regarde tout ça, sans rien dire.

Et puis ça s’apaise, les brancards sont réalignés, les dossiers étiquetés, un peu d’ordre dans le chaos. Mais il y a encore de nouveaux patients qui arrivent. Encore et encore.

L’infirmière va cherche la prochaine et l’accompagne dans la salle d’orientation des urgences.

Elle la guide et lui montre où s’asseoir: sur cette petite chaise un peu grise, un peu bleue, au milieu des brancards.

La chaise où l’on fait attendre les patients qui viennent pour une urgence psychiatrique.

Elle n’est plus vide maintenant, elle est comblée.