Les oiseaux se cachent pour mûrir.

Les oiseaux se cachent pour mûrir.

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Rédigé le 21/05/2019
Par Baptiste Beaulieu
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Alors voilà, Lucile, une collègue infirmière, me raconte comment, le soir du 15 avril 2019, elle s’est occupée de Jeannine qui a eu, il y a quelques années, un accident vasculaire cérébral l’ayant laissée aphasique.

Jeannine était sportive et dynamique. Elle a aujourd’hui 83 ans et elle ne parle plus, ne bouge plus, n’intéragit plus.

Elle fixe Lucile, de ses grand yeux verts. Grands yeux que personnes ne peut traduire. Personne sauf son époux, Henri.

« Aujourd’hui, m’écrit Lucile, quand il m’a parlé de leurs 53 ans de mariage, j’ai pu observer l’amour que continue d’éprouver Henri pour elle ».

Henri est paisible, il évoque avec l’infirmière tous leurs souvenirs : l’histoire de sa rencontre avec Jeannine, puis de leur premier rendez-vous, puis la fois où Henri l’a demandée en mariage sur le parvis d’une célèbre cathédrale parisienne, quand elle est tombée enceinte, quand il est devenu papa, quand ils sont devenus propriétaires, puis les vacances, les coups durs, les deuils, les grandes joies, quand ils sont devenus grands-parents, etc etc.

Dans le dernier roman Virginie Grimaldi, « Quand nos souvenirs viendront danser », on trouve cette discussion entre une héroïne qui pourrait être Lucile, et un vieil homme, qui pourrait être Henri :

Le vieil homme dit, en parlant de son épouse :

– Vous savez que je n’ai jamais dormi sans elle ? Pas une seule fois !

– Vous vous sentez seule ? demande l’héroïne, et le vieil homme répond :

– Je ne me sens pas seul, je me sens incomplet.

Eh bien c’est cela que décrit Henri à Lucile.

53 ans de mariage. 53 ans, punaise !

« Pour le meilleur, dit Henri, avant d’ajouter à demi-mot en déposant un baiser sur le front de son épouse « Et pour le pire ». »

La conclusion de 53 ans de mariage tandis que, dehors, en ce 15 avril 2019, dans le ciel de Paris, Nôtre-Dame brûle.

Alors non, m’écrit Lucile, ce n’est pas qu’une triste journée que celle où a brûlé Notre Dame. C’est une journée qui appelle à vivre.

Nous sommes, tous et toutes, avec nos histoires, uniques, précieux. Nous sommes tous et toutes irremplaçables. Nous sommes toutes et tous, des cathédrales. Des monuments. Et c’est peut-être la leçon que nous devons tirer de ce drame, le dernier cadeau que Notre Dame nous offre, je veux dire : l’être humain est irremplaçable, la vie humaine est irremplaçable !

Les flèches tombent parfois pour nous rappeler qu’interroger le ciel seul dans son coin est stérile, qu’il y a des vivants à côté de nous, ici et maintenant, et que si peut redresser des murs, on ne peut pas relever les morts. La vie est belle.

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Si vous souhaitez partager un témoignage de soignante ou de soignée, écrivez-moi ICI.

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Je serai mercredi 22 mai à Lyon, 20h20, au théâtre Comédie de L’odeon.

Je dédicacerai mes livres à la fin de la représentation !

Je serai aussi samedi à 15h30 à la librairie Rimbaud de Charleville-Mezieres pour une rencontre avec vous toutes et tous !

Suivra Saint-Maur en poche le samedi 15 juin !

Vous pourrez aller voir la pièce à Avignon durant le festival du mois de juillet ! Dates et informations ICI !

PS : je suis moins présent qu’avant sur les réseaux, je vous écrirai dans la semaine un petit texte pour en expliquer la raison… bonne et douce journée à toutes et tous !

Baptiste