E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

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Rédigé le 11/06/2019
Par jeanyvesnau
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Bonjour

Mesurer l’entrée des adolescents français dans l’esclavage ambivalent des addictions. C’est une première : plus de 20 000 collégiens et lycéens représentatifs des adolescents scolarisés en France métropolitaine âgés de 11 à 18 ans ont, en 2018, répondu simultanément à un questionnaire en ligne à propos de leurs comportements de santé et de leurs consommations de substances psychoactives. Etude « EnCLASS » Les premiers résultats sont présentés dans le numéro 132 de la revue Tendances de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies 1.

Premiers constats : ce sont principalement les substances « licites », alcool et tabac, qui se diffusent au cours des « années collège » – substances illicites pour les mineurs… «  Tous niveaux de classes de collège confondus, 6 élèves sur 10 déclarent avoir déjà consommé une boisson alcoolisée et 1 sur 10 indique une ivresse alcoolique, résume l’OFDT. La diffusion du cannabis ne s’amorce [sic] qu’en  4e et atteint 16,1 % en 3e. Durant les  »années lycée », des usages plus réguliers s’installent. C’est le cas pour l’alcool,  singulièrement chez les garçons qui sont un tiers à déclarer ce comportement en terminale. La diffusion du tabagisme connaît une accélération : un élève de terminale sur 5 (21,5 %) fume quotidiennement. Quant à l’expérimentation du cannabis,  33,1  % des lycéens sont concernés. »

Un espoir toutefois : quand elle est possible, la comparaison avec les enquêtes précédentes témoigne d’un recul de l’ensemble des usages au collège. Au lycée c’est aussi le cas pour le tabac et le cannabis. Toutefois les niveaux de consommation d’alcool sont stables.

Les intégristes anti-nicotiniques

Restons au chapitre tabac. La comparaison des résultats d’EnCLASS 2018 avec ceux d’ESPAD 2015 fait apparaître une nette baisse des niveaux d’usages : l’expérimentation recule de 8 points (de 60,9 % à 53,0 %) et l’usage quotidien passe sous les 20 % (de 23,2 % à 17,5 %) « soulignant une certaine désaffection pour le produit dans ces jeunes générations ». « Dans le même temps, ajoute l’OFDT, l’expérimentation de la cigarette électronique semble bien plus commune ». Extrait de la publication :

« Les résultats d’EnCLASS témoignent d’une nette hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique, confirmant les observations faites par ailleurs en population adulte et adolescente. L’expérimentation concerne près du tiers des élèves de 4e et 3e en 2018 (32,0 %), et plus de la moitié des lycéens (52,1 %, soit 57,2 % des garçons et 47,1 % des filles). L’expérimentation des lycéens s’est accrue de 17 points par rapport à 2015. L’usage au cours du mois chez ces derniers est passé de 10,0 % à 16,0 % en trois ans. Phénomène marquant, 9,8 % des lycéens l’ont expérimentée sans avoir fumé de cigarette auparavant, alors qu’ils n’étaient que 3,7 % dans ce cas en 2015 (ce phénomène concerne 4,9 % des collégiens en 2018). De la même manière, 5,6 % des lycéens déclarent avoir fumé exclusivement une cigarette électronique au cours du mois (7,0 % des garçons vs 4,2 % des filles), contre 2,7 % trois ans auparavant.

« Ces résultats laissent entendre que la pratique de la cigarette électronique tendrait, aujourd’hui, à se dissocier de plus en plus de l’usage de tabac en population adolescente. Néanmoins, la part des « abstinents » (n’ayant jamais fumé ni tabac, ni cigarette électronique) demeure stable à 35,7 % chez les lycéens. Parmi les lycéens qui ont déclaré avoir expérimenté à la fois le tabac et la e-cigarette (soit 42,6 % des élèves), l’expérimentation de tabac a précédé celle de la cigarette électronique dans 58,3 % des cas, l’expérimentation de la e-cigarette avant le tabac a toutefois concerné 13,4 % d’entre eux. »

En toute logique sanitaire ce constat devrait conduire à la fin du déni du pouvoir exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique comprise comme le plus puissant des leviers d’une politique de réduction des risques tabagiques. On peut toutefois redouter que les intégristes anti-nicotiniques usent de ces chiffres à des fins radicalement opposées.

A demain  @jynau

1 « Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 » Auteurs : Stanislas Spilka, Emmanuelle Godeau (EHESP), Olivier Le Nézet, Virginie Ehlinger (Inserm UMR 1027), Eric Janssen, Alex Brissot, Antoine Philippon, Sandra Chyderiotis