Homéopathie française : il y a bien mieux à faire que de se contenter de la «dérembourser»

Homéopathie française : il y a bien mieux à faire que de se contenter de la «dérembourser»

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Rédigé le 15/05/2019
Par jeanyvesnau
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Bonjour

15 mai 2019. La commission de la transparence de la Haute Autorité de santé doit adopter aujourd’hui un avis sur le déremboursement des spécialités homéopathiques auxquelles, dit-on, sont attachés vingt millions de Français – de sspécialités et une pratique médicale dénoncées depuis quelques mois comme une forme de supercherie. L’affaire a pris une tournure politique et après bien des atermoiements Agnès Buzyn a dû se rendre à la raison raisonnante : demander à la HAS (qu’elle a présidée) de faire le point scientifique sur un sujet qui, précisément, dépasse ce cadre 1. C’était, simplement, gagner du temps.

« L’homéo patit » ose le Libération du jour – qui ajoute, humour, « Les granules ont les boules ». A dire vrai les jeux sont faits et la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) ne saurait se dédire. Il s’agit là d’une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie, qui évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale.

Ses membres avaient déjà eu à réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement et, il y a un an glissaient dans leur avis un commentaire politique«La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

On attend avec le plus grand intérêt l’avis qui doit être adopté ce 15 mai  par la même Commission de la transparence – avis qui, dit-on, devra rester secret durant un certain temps. Pour « donner la possibilité aux industriels de l’homéopathie la possibilité de se défendre en appel».

Mélasse homéopathique

Sans l’attente, élargissons la focale et ouvrons le numéro daté de mai de la Revue Médicale Suisse (Rev Med Suisse 2019; volume 15.936-936). Et découvrons le texte de Jacques Dubochet , 76 ans, citoyen suisse, lauréat du Prix Nobel de chimie millésime 2017 pour ses travaux en cryo-microscopie électronique. C’est  aussi un spécialiste de « l’énergisation de l’eau ».  Il traite ici de l’importance que prennent les « médecines » alternatives de tous bords – et s’inquiète de la perspective où un marasme idéologique en vienne à étouffer la médecine scientifique basée sur l’évidence.

 Extraits :

« Oui, je m’inquiète, beaucoup. Homéopathie (je m’y intéresse depuis longtemps), acupuncture, médecine ayurvédique, bioénergies, énergisation de l’eau (c’est mon rayon), et aussi, pour être à la mode, l’horreur des ondes électromagnétiques qui nous rendent tous malades. Nous nageons dans une mélasse de fake sciences. Pourtant, l’homéopathie ne fait de mal à personne, l’énergie vitale de l’eau est très amusante, la 5G et la fuite technologique en avant, tant mieux si elle est un peu bloquée par la révolte populaire. Pourquoi s’en inquiéter ?

Parce que nous croyons que, pour progresser, pour que le monde se développe harmonieusement, il faut être raisonnable ; il faut accepter que la nature soit notre seul maître. Nous ne sommes pas assez intelligents pour inventer ses lois dans nos petites têtes. Les élucubrations d’esprits farfelus, même s’ils récoltent d’étonnants – et de détonants succès populistes, sont néfastes et dangereuses. »

Pour autant le Nobel n’entre pas en campagne contre les médecines alternatives, ni contre les douteuses croyances à propos du méfait des ondes.

« Il faut choisir ses combats. Les miens se rapportent à la convivialité, à l’éducation pour tous, à notre climat qu’il faut sauver et à la défense d’une médecine humaniste. Défense d’une médecine humaniste ! Nous sommes révoltés de voir la médecine squattée par la course aux profits portée par le trio des assureurs et des cliniques privées ainsi que par les lobbys des spécialistes. (…)  Revenons à l’homéopathie contre laquelle je ne lutterai pas. Pourquoi a-t-elle tant de succès ? Pourquoi même tant de médecins s’y adonnent-ils ? Une raison saute aux yeux. La première consultation homéopathique dure une heure peut-être. Une heure de questions. Comment vous sentez-vous, où avez-vous mal, la tête, plutôt à gauche ou plutôt à droite ? Ah, je vous ai entendu, je vois ! Mon expérience de Prix Nobeliste a plein d’aspects intéressants. Que croyez-vous qu’il se passe quand une personne que je rencontre apprend la nature de son partenaire ? On pourrait imaginer qu’il aimerait savoir en quoi celui-ci est spécial, quelle impression ça fait d’être reçu par le Roi, combien ça rapporte… ? Rien du tout, il parle ! Il raconte sa vie, il veut se faire écouter.

Alors, ne nous étonnons pas du succès de l’homéopathie et comprenons qu’elle répond à un vrai besoin que la médecine traditionnelle néglige de plus en plus. (…) Allez, on se bouge ! C’est urgent ! Viiiite ! Redonnons sa place prépondérante à l’écoute. C’est peut-être la meilleure voie pour que notre médecine redevienne humaniste. La mélasse homéopathique et co. retrouvera naturellement sa juste place. »

Politique et mélasse homéopathique. Agnès Buzyn lit-elle la Revue Médicale Suisse ?

A demain

@jynau

1 Sur ce thème : « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin » Slate.fr 4 avril 2019