Médecine, une formation complète

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Rédigé le 28/03/2021
Par Z
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Vous cherchez une formation universitaire vraiment complète? Vous en avez assez des diplômes hyperspécialisés sur les chevaliers-paysans de l’an mil du lac de Paladru? Ne cherchez pas plus loin: allez en fac de médecine.

En fac de médecine, vous apprenez non seulement un métier, mais aussi tous les autres! Ceci grâce à une simple astuce: le savoir total.

Grâce au savoir total, nul besoin d’embaucher des professeurs spécialisés pour enseigner des choses aux étudiants en médecine, il suffit de prendre des médecins qui, grâce à leur savoir total, peuvent tout enseigner. Mélanie se rappelle de ce cours d’histoire des sciences du Professeur Robert, chirurgien viscéral. C’est vrai qu’il a surtout parlé de pinces chirurgicales et montré des photos de pinces. Mais cela avait l’air intéressant l’histoire des sciences quand même. Il y avait aussi le cours sur la psychothérapie par le docteur Dupont. Il avait lu un livre sur les psychothérapies et voulait transmettre ce savoir aux étudiants.Il expliquait que l’on pouvait par exemple demander aux gens de mettre un citron au congélateur lorsqu’ils se sentaient trop stressés. Le docteur Dupont était connu pour s’y connaître en psychologie car il était médecin généraliste, donc il parlait avec les patients avec des vrais mots! C’était presque comme un psychologue, en fait. Et puis il avait fait beaucoup plus d’études que n’importe quel psychologue, donc bon. Aïssa, elle, se souvenait quelque peu douloureusement d’un cours de sciences humaines donné par un cancérologue où elle avait appris l’existence, entre autres, des races humaines et de la discrimination anti-mâle (histoire vraie, cf plus bas).

Avantage des études de médecine: contrairement à Eve qui a bouclé son doctorat de géographie et ne peut donc parler que de géographie (c’est tout de même triste, tout ça pour ça, son père l’avait prévenue pourtant), eh bien Jean-Luc, lui, peut parler de tout. Car Jean-Luc a fait médecine! La géographie, il connaît. Il a quand même fait dix ans d’études… Et il connaît tout un tas de noms de médicaments dont vous n’avez aucune idée. Alors vous pensez bien que question échanges internationaux, c’est un expert. Jean-Luc a d’ailleurs rédigé une tribune dans Valeurs Factuelles pour appeler à la dérégulation du marché des bateaux de croisières. Signée « Docteur Jean-Luc, médecin. » Tout de suite, ça impressionne.

On se demande toujours comment il est possible d’être aussi complet dans le savoir total? D’avoir une telle perspective sur les choses? D’être capable d’embrasser tous les sujets avec autant de connaissances et de recul?! Pour atteindre ce but, les étudiants passent de longues années à apprendre par coeur des formules et des pages de dictionnaire, à cocher des cases de QCM et à tenir des écarteurs au bloc opératoire sans jamais avoir une minute de libre pour regarder ce qu’il se passe dans le monde où ils vivent. Grâce à ce travail acharné, ils acquièrent le fameux savoir total, qui leur permettra d’interpréter avec finesse chaque fait social par la suite.

Lors de sa première expérience en tant que médecin, Laure se souvient d’avoir été prise au dépourvu. La personne en face d’elle décrivait des symptômes qui n’entraient dans aucune de ses fiches. Incroyable, quel toupet! Elle ne s’est pas laissée démonter. Le savoir total c’est aussi savoir dire que l’on sait lorsque l’on ne sait pas. « Ce n’est rien, conclut-elle, sinon ce serait dans mes fiches ». La femme lui expliquait aussi ses difficultés pour arrêter de fumer et cherchait clairement toutes les excuses (un licenciement? et puis quoi encore!). Laure, grâce à son savoir total, savait exactement ce que c’était d’être licenciée de son travail et pouvait lui assurer que c’était avant tout une question de volonté.

Pour attester d’avoir atteint le savoir total, il existe un diplôme appelé Diplôme d’Etat de docteur en médecine. Aboutissement d’une thèse d’exercice (qui consiste parfois, il est vrai, en un google form sur le ressenti des médecins partagé sur facebook), il autorise à se faire appeler docteur (prononcer [doKK-toeRRR]). Certains personnes osent pourtant revendiquer le titre de docteur alors qu’ils n’ont passé qu’une vulgaire thèse de Sciences! Vraiment, c’est fort de café. Prenez Simon par exemple. Il passe huit ans à étudier les équations aux dérivées partielles et il veut se faire appeler docteur! Je vais vous dire que le jour où il se retrouve à devoir calculer un IMC, il fera moins le malin…

Dernier avantage de cette formation complète qui prodigue un savoir total (si vous aviez encore besoin d’être convaincus): comme les médecins se suffisent entièrement à eux-même, il est inutile de communiquer avec d’autres personnes! Il vous suffit de rester entre médecins, et vous saurez toujours tout sur tout. Ne perdez pas votre temps à parler à des infirmier-es, des enseignant-es, des travailleurs-ses sociaux ou autre… qui n’ont pas fait autant d’études! Restez entre vous, vous êtes bien entre médecins.

Avec le COVID, les médecins ont du étendre encore un peu plus leur savoir total jusqu’à parfois devoir lire dans l’avenir. Alors vraiment, n’hésitez plus, faites médecine.


-A propos du cours d’Aïssa, et des formations en sciences humaines dispensées par des médecins qui n’hésitent pas à y ajouter racisme, sexisme et homophobie: https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2019/05/22/lyon-sud-les-derapages-nauseabonds-du-docteur-freyer/

https://www.franceinter.fr/emissions/sante-polemique/sante-polemique-28-mai-2019