Un enfant Guyanais

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Rédigé le 11/04/2021
Par docteurmemepaspeur
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2021 – Guyane

Un dimanche dans ce département d’outre mer. Je suis encore une fois parti la fleur au fusil, sans appréhension ni projections, me laisser porter, au maximum. Laisser infuser les choses en moi.

Du vert. Partout. Dans toutes ses palettes, du sombre au plus saturé, omniprésent. Des sons d’animaux, mon regard est absorbé par l’immensité de la forêt amazonienne. Les pistes,  comme seules saignées écarlates au milieu des arbres. Je sens petit. Tout petit au milieu d’une nature grandiose. Je découvre petit à petit la communauté Buchinengé, issue des Camps Marrons d’anciens esclaves ayant fui. Une tasse de café, Planet Caravan dans les oreilles, je suis pensif.

L’esprit préoccupé, je repense à vendredi. Timothée, douze ans,  est arrivé au dispensaire accompagné de sa grand-mère et son cousin. Ses yeux semblaient dans le vide, s’excusant presque d’être là.  Sa grand-mère pris alors la parole, m’expliquant que les parents de Timothée ne s’occupaient pas de lui et vivaient au-delà du fleuve qui nous sépare, au Surinam.

Je la questionnai sur les raisons de leur venue. Un voile sombre traversa son regard contrastant avec la candeur de son petit-fils :

« Docteur, je dois venir aujourd’hui, pour sauver mon petit fils.  Il m’a dit ce matin que son grand frère le tape… et … qu’il l’a forcé, enfin… il m’a dit que ça fait longtemps.. et il a mal au ventre et ça saigne».

Son grand frère, le viole. Depuis plusieurs mois. Ainsi que son petit frère.

J’examinai Timothée, il trembla. Sa politesse, son sourire immotivé me transpercèrent le cœur. Comment aider cet enfant ?

Nous décidâmes de l’hospitaliser pour mise à l’abri et prise en charge psychologique. La grand-mère se chargea d’aller porter plainte.

De nouveau de garde au dispensaire quarante-huit heures plus tard, un enfant se présente pour vomissements et douleurs abdominales. Timothée est assis et attends patiemment. Je m’étonne de sa présence je le pensais à l’hôpital. Je sors et suis stupéfait.

Dehors, son grand frère l’accompagne pour seule présence « d’adulte ». Je fais entrer Timothée, nous discutons. Il semble avoir une gastro. Il ne sait me dire ce qu’il s’est passé à l’hôpital. J’appelle la pédiatrie : aucun compte rendu, pas plus qu’aux urgences. Je fulmine intérieurement. Je décide d’appeler la gendarmerie qui m’informe que le frère a été remis en liberté car les faits précédents, anciens, se seraient passés au Surinam quatre ans auparavant. Cela ne dépend pas de la juridiction française. Il vit toujours avec ce frère.

Je me sens totalement démuni, impuissant. Comment aider cet enfant ? Si moi je ne l’aide pas qui le fera ? Si l’institution médicale que je représente ne peut sauver Timothée, en qui aura t’il confiance dans la vie ? Dans cette partie de la France un peu oubliée, aux coutumes bien différentes, je me dis que cet enfant doit bénéficier des mêmes droits qu’en Métropole.

Loin des préoccupations du Coronavirus, les drames de la vie ne cessent d’avoir lieu.

Demain, je ferai un recueil d’information préoccupante.

Docteur même pas peur – Inquiet.