Urgences en souffrance : quelques confessions d’Agnès Buzyn au quotidien Libération

Urgences en souffrance : quelques confessions d’Agnès Buzyn au quotidien Libération

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Rédigé le 11/06/2019
Par jeanyvesnau
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Bonjour

Sous d’autres vents élyséens elle voguerait entre Strasbourg et Bruxelles. Elle aujourd’hui amarrée à Paris, sous la tempête. On y verra un symbole : au moment même où « sa » loi est votée au Sénat, elle est la cible de toutes les critiques, essuie avec les plus grandes difficultés sa première crise politique, intéresse soudain les méchants éditorialistes.  Sa loi est titrée « Ma santé 2022 » mais on lui réclame des actions concrètes en ce mois de juin 2019.

La grogne, la colère, le désespoir sont diffusés sur les ondes et les réseaux Elle a tenté quelques annonces il y a quelques jours, mais loin de satisfaire les grévistes des urgences et les soignants hospitaliers la ministre des Solidarités et de la Santé les a profondément décu quand elle n’a pas obtenu un effet contraire à celui qu’elle visait. Tout est résumé dans l’entretien atypique qu’elle a accordé à un Libération (Eric Favereau) qui titre sur « les urgences polytraumatisées ». Extraits :

« Les réponses que nous apportons à la crise que connaît le monde des urgences ne peuvent pas se réduire à ce que j’ai annoncé la semaine dernière. Il s’agissait de mesures sectorielles, répondant à des revendications réelles. Le mouvement de grève continue ? Il faut replacer cela dans un contexte, avec la situation que l’on connaît depuis des années, à savoir un afflux massif et continu de nouveaux patients aux urgences. C’est un défi majeur. Pour y répondre, il fallait s’attaquer à «l’hospitalo-centrisme» d’un côté, et de l’autre, créer une nouvelle organisation pour la médecine de ville, avec les communautés territoriales de santé pour y répondre. (…) C’est un des objectifs du projet de loi Ma santé 2022 : améliorer l’accueil en ville en amont des urgences. Mais nous devons aussi travailler sur ce qui se passe après, l’aval des urgences, avec une meilleure gestion des lits hospitaliers.

« Ce n’est pas nouveau ? Les urgences sont les lieux qui payent lourdement le prix de tous les problèmes d’organisation ou de financement, anciens, ni traités ni réglés. Il faut changer ce modèle, ce à quoi je m’emploie. En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. [sic] (…)

Ethique: le futur gros orage politique

Un malentendu s’est aggravé entre elle et le personnel soignant en grève ? Agnès Buzyn répond qu’ « il n’y a pas de mesures miracles qui permettraient d’éteindre le feu immédiatement » . « Dans les différents hôpitaux, les réalités sont hétérogènes, les problèmes aussi. Chacun revendique à l’aune de sa situation, précise-t-elle. Dans tel lieu, il y a un manque de personnel, dans tel autre ce sont des médecins qui font défaut, ailleurs ce sont des locaux inappropriés. » Elle a fait des constats d’évidence :  « les services des urgences fonctionnent mieux quand la totalité des services de l’hôpital sont concernés » ; « parfois une absence de lien entre certaines équipes médicales et les urgences ». L’ensemble de la communauté hospitalière doit être concerné » ; « on ne doit pas laisser les urgences seules ». Or « sa » loi donne « un cadre général à ces changements ». « Mais cela prend du temps…. ».

Faut-il rappeler qu’elle est au pouvoir depuis deux ans ? Elle répond qu’elle ne pouvait pas faire « plus vite », que dès son arrivée elle a « pris des mesures d’urgences pour répondre aux déserts médicaux » ; que la « désertification médicale est le problème majeur avec le manque de temps médical » ; qu’elle « y travaille d’arrache-pied » … ; qu’elle « comprend l’impatience » et « voit l’engagement de professionnels » ; que cet engagement est « impressionnant » ; qu’ils « sont toujours au rendez-vous, même dans les moments de fortes tensions » ; que les « équipes assurent la permanence des soins avec une constance inégalée ». Elle voudrait tant «  qu’ils entendent qu’elle  travaille pour eux » et qu’elle « les respecte ». Respecte-t-elle ceux qui occupèrent la place où elle est aujourd’hui ?.

« Je suis arrivée dans un système profondément dégradé. J’ai fait aussitôt un plan immédiat pour l’accès aux soins dans les territoires, ensuite nous avons préparé une réforme globale du système. Il a fallu un an de travail. Des accords vont être signés, je l’espère, avec l’assurance maladie pour les communautés territoriales de santé et pour créer et recruter les assistants médicaux. Les changements notables arrivent, ils sont lancés. »

Des regrets (sinon d’être entrée en politique du moins d’être ainsi ciblée) ?  « On a toujours des regrets face à l’ampleur des difficultés, confesse-t-elle (étrangement). Nous parlons de la médecine de ville ou de l’hôpital, mais le médico-social connaît aussi de lourdes difficultés, sans parler de la situation très difficile des Ehpad. Nous sommes confrontés à des sujets de plus en plus difficiles. Nous devons avoir des priorités. Je voudrais pouvoir aller encore plus vite, ce que le calendrier parlementaire ne nous permet pas. J’ajoute que si j’ai accepté d’être ministre, c’est parce que je travaille depuis trente ans dans le système de santé. Je le connais, j’ai vu le système s’abîmer. Ce qui me porte, c’est que je pense savoir ce qu’il faut faire. Et je sais que c’est possible. C’est difficile, mais je ne m’attendais pas à ce que cela soit facile. »

Une date quant à la révision de la loi de bioéthique et la « PMA pour toutes »? D’autres qu’elle sont dans le secret. « La date dépendra du calendrier parlementaire, dit-elle.Mais le texte est prêt. » Ce sera, à n’en pas douter un nouvel et très gros orage politique.

A demain