Ce sera BEAU !

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Rédigé le 18/03/2021
Par Baptiste Beaulieu
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Alors voilà, il est venu en consultation un vendredi soir, on avait le temps, j’ai parlé avec lui de sa vie, sa femme, ses enfants, son boulot, et là, tranquillement, il me raconte qu’il a quitté un super poste dans le plus grand groupe aéronautique Français parce qu’il n’éprouvait plus l’impression d’être utile à quelque chose, d’apporter sa petite pierre à l’édifice humain, alors il a rejoint quelques autres ingénieurs – aussi rêveurs que lui.

ils ont créé une petite start-Up française, qui a pour but de diminuer de 30% l’empreinte carbone de la marine marchande. Alors ça parait rien comme ça, mais la marine marchande est une des premières cause de pollution et de consommation des ressources fossiles au monde, et pour une bonne part responsable du réchauffement climatique.

On estime que les combustibles marins utilisés par le transport maritime sont responsables chaque année de 250 000 décès prématurés en moyenne et qu’elle est plus polluante que tous les avions du monde !

Alors comment mon patient, ingénieur dans l’aéronautique, et ses collègues, ingénieurs aussi, comptent s’y prendre ?

Ils vont coller d’immenses cerfs-volants grands comme des AirBus A 380 à la proue des navires pour substituer au carburant la poussée du vent, une ressource naturelle présente en grande quantité sur les océans.

Alors mon métier de médecin est beau pour tout un tas de raisons, ça fait six ans maintenant que j’essaie de les raconter aux lecteurs dans mes romans, aux auditeurs sur France Inter, mais ce qui a rendu mon métier immensément génial ce jour-là, ce n’est pas qu’un jeune homme change de vie pour se consacrer au bien commun avec d’autres ingénieurs, non. Ce n’est pas non plus l’idée que le monde de demain soit meilleur grâce à des personnes comme lui.

Non, ce qui a rendu mon métier de médecin généraliste magnifique ce jour-là, c’est la dernière phrase de mon patient. Il était là, en train de m’expliquer leur projet, avec cette excitation propre aux inventeurs, quand il a conclu son plaidoyer scientifique par cette phrase :

« Et je vous promets une chose, Docteur : tous ces cerfs volants sur la mer qui tirent des bateaux, oui je vous le promets vraiment, Docteur, ce sera BEAU ! »

Voilà cher lecteur, chère lectrice, ce qui a rendu mon métier plus léger ce jour-là.