La rencontre

La rencontre

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Rédigé le 04/03/2019
Par Baptiste Beaulieu
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(Le superbe modèle de cette photo s’appelle Caroline Even, merci à elle d’avoir bien voulu poser pour moi. Une précision : c’est une photo d’illustration, aucun rapport avec l’histoire ci-dessous. Vous pouvez me suivre ICI, les autres réseaux étant trop agressifs et violents, j’ai migré sur Instagram où c’est moelleux)

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Alors voilà… Je voulais partager un témoignage positif de patiente parce qu’il est très représentatif des courriers que je reçois.

Depuis de nombreuses années elle souffre d’endométriose. Vous savez c’est cette maladie dont on parle de plus en plus mais qui reste encore trop méconnue. Pour simplifier, de petits bouts de la muqueuse qui tapisse l’utérus colonisent l’abdomen, l’appareil urinaire et provoquent d’horribles douleurs…

Cette patiente me parle de son parcours, médecins généralistes, gynécos, spécialistes, elle en a vu tellement qu’elle en a perdu le compte… Des qui lui ont lancé, sans même un regard, « c’est rien ça madame, un Spasfon et hop ça passera… » Des brutaux, qui ont fouillé en elle sans voir les larmes. Des qui lui ont balancé « c’est dans votre tête, madame ». L’endométriose c’est souvent, d’abord, une histoire d’errance médicale avant d’avoir enfin un diagnostic. Une fois celui-ci posé, elle me parle des multiples opérations. Puis les traitements hormonaux. Et finalement l’hystérectomie. Le deuil impossible de la maternité. Son ventre à la fois vide et rempli de douleur.

Ce que cette patiente regrette le plus ? L’impression que les spécialistes ne lui parlent que de ses organes mais jamais d’elle.

Jusqu’à ce jour où une soignante lui annonce que l’endométriose a touché les reins, le côlon… Il faut couper la source en retirant les ovaires. La doctoresse le lui explique doucement, en lui disant qu’elle comprend qu’elle ne soit pas prête. Qu’elle attendra qu’elle le soit. D’ailleurs, la première fois qu’elle l’a rencontrée, la médecin a posé la question : “acceptez vous que je vous examine ?”. C’était la première fois qu’un médecin lui demandait si elle consentait à un examen gynécologique. « J’ai eu le sentiment d’être enfin regardée » me dit la patiente. La doctoresse n’a pas exigé qu’elle s’allonge nue avec les pieds dans les étriers. Elle a demandé l’autorisation de l’examiner en gardant la robe à peine relevée. Ce regard et cette question ont tout changé pour elle. La médecin l’a accompagnée de longs mois, jusqu’au moment où elle s’est sentie prête. Au bloc, elle a pris sa main un instant et c’est à cet instant que la patiente a cessé de trembler.

« J’ai la sensation, ajoute-t-elle, d’avoir enfin rencontré un soignant. Je sais que c’est cette simple question qui m’a rendue ma dignité et m’a rendue actrice de mon histoire. L’endométriose est toujours là, mais maintenant j’arrive à l’apprivoiser. »