Stupeurs et soumission !

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Rédigé le 15/03/2021
Par Baptiste Beaulieu
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Alors voilà, l’autre jour, sur Instagram, j’ai publié un petit mode d’emploi sur la marche à suivre en cas de maltraitance médicale. Dedans, j’expliquais que je demandais systématiquement aux patients l’autorisation avant de les examiner. Et que je le faisais AUSSI pour les enfants.

C’est important car dans une situation inégalitaire comme celle qui existe entre un malade et celui qui a autorité à le soigner, demander au patient s’il accepte d’être examiné, c’est rééquilibrer ce rapport de force. Et il n’est jamais trop tôt, et les patients ne sont jamais trop jeunes, pour ne pas remettre un peu de symétrie entre eux et nous.

Je vous donne un exemple : à l’hôpital, les patients sont nus, sous une robe uniforme, commune à tous les autres patients, ils sont allongés, ils ne connaissent pas la médecine et sont souvent seuls. Les soignants, eux, sont habillés sous des blouses nominatives, ils portent des badges avec leurs prénoms, ils sont debout, ils connaissent tout du problème médical des patients, et ils débarquent souvent à plusieurs dans leurs chambres.

Comment voulez-vous que le consentement soit libre et éclairé dans ces conditions ?

Pas besoin d’avoir un doctorat en psychologie cognitive pour deviner qu’il est très difficile de dire « non » quand six personnes diplômées que vous ne connaissez pas mais, qui, elles, ont lu votre dossier, vous regardent et disent « on va faire ça sur vous ! ».

Quand je reçois des témoignages de lectrices, qui m’expliquent qu’un médecin leur a demandé de retirer leur soutien gorge alors qu’elles consultaient pour un acouphène, je suis en colère et je me dis que ces situations n’arriveraient pas si nous expliquions aux patients ce que nous allons faire, et pourquoi nous allons le faire. J’ai l’impression que beaucoup de patients ignorent ce simple fait : ils peuvent refuser un examen, une thérapeutique, un geste.

Atténuer la soumission à l’autorité que représente le corps médical c’est aussi respecter le serment d’Hippocrate qu’on a prêté. Réduire le sentiment de vulnérabilité de nos patients quels que soient leurs âges c’est du soin AUSSI. Remettre le tissu d’un chemisier sur le ventre d’une adolescente après examen, c’est du soin aussi, poser un drap sur des jambes en cas d’examens gynécologique, c’est du soin aussi.

Demander si on peut examiner c’est du soin aussi.

Et cette question si elle est importante à poser aux adultes, elle l’est aussi, sinon plus encore, à poser aux enfants.

« Est-ce que tu acceptes que je t’examine ? »

On bombarde les enfants d’injonctions à établir des contacts physiques avec les adultes qu’ils le veuillent ou non, sous prétexte de convention sociale,« fais-moi un bisou », « va faire un câlin à mamie » etc, etc.

(((La politesse c’est dire bonjour, et au revoir. Je suis dubitatif sur le fait de forcer un enfant par convention sociale.)))

Je n’ai aucune idée sur la manière dont ces injonctions aux contacts physiques chez les enfants peut avoir, plus tard, un impact sur les adultes qu’ils deviendront et leur appréciation de ce qu’est un consentement libre et éclairé, mais je sais qu’un cabinet médical peut et doit être un sanctuaire ET une bonne occasion à saisir pour faire prendre conscience ou pour rappeler aux enfants que : « Ton corps, c’est ton corps, et ce n’est pas celui des autres, et le médecin qui t’examine n’échappe pas à cette règle ».

Pour des raisons évidentes il est toujours bon de rappeler aux enfants -même par ce moyen détourné qu’est une simple question posée au cabinet médical- que son corps lui appartient et que nul n’en est dépositaire, encore moins les adultes, fussent-ils médecins.