Dragi Webdo n°350 : insuffisance cardiaque (recos US), lombalgies/interventions non-pharmacologiques, TDM/cancer pulmonaire, Dry January, risques antidiabétiques, Cerebria

Rédigé le 04/04/2022
Dr Agibus

Bonjour ! 

Pour commencer cette semaine, si le cœur vous en dit, participez et partagez la thèse d’épidémiologie de @Dr_Agibus qui concerne la personnalisation du sevrage tabagique (merci à ceux qui l'ont déjà fait!). Pour pouvoir répondre au questionnaire (10 questions, court, rapide et fini en moins de 5 minutes), il suffit d'être médecin et de participer au sevrage tabagique de patients. 

Merci beaucoup à tous ceux qui répondront et qui partageront le lien : http://up5.fr/perfect-medecin



1/ Pharmacovigilance

Une revue systématique d'essais randomisés a réévalué le risque de lithiase vésiculaires et autres pathologies biliaires avec les analogues du GLP-1. Les auteurs retrouvent que ces traitements augmentent de 32% le risque relatif de pathologies biliaires, soit une augmentation de risque absolue de 2,7 cas pour 1000 patients par an. Il s'agissait principalement de lithiases et de cholécystites, favorisées par le liraglutide et le dulaglutide (les autres ne sont pas significatifs peut être par manque de puissance), en particulier en cas de forte dose et d'utilisation prolongée. C'est cohérent avec ce qu'on avait déjà vu ici.

Une étude de cohorte rétrospective a inclus plus d'un million d'enfants dont le père avait un traitement antidiabétique pendant la période de leur conception. Il y aurait une augmentation de 40% des malformations congénitales chez les enfants dont le père prenait de la metformine. De plus, les garçons avaient un risque multiplié par 3 de malformations génitales.



2/ Covid-19

Le NEJM a publié une étude cas-témoins concernant l'efficacité de la vaccination chez l'enfant et l'adolescent pendant la prédominance de variants delta et omicron. 1100 patients vaccinés ont été comparés à 1600 contrôles non vaccinés. L'efficacité vaccinale était d'environ 90% sur le delta concernant le risque d'hospitalisation. Sur l'omicron, l'efficacité vaccinale était de 40% sur ce même critère. Cependant, dans le sous groupe des 5-11 ans, vacciné plus récemment, l'efficacité sur les hospitalisations liées à Omicron était de 68%.

3/Cardiologie

Quelques mois après l'ESC, la société américaine de cardiologie AHA/ACC a publié des recommandations concernant la prise en charge de l'insuffisance cardiaque. L'insuffisance cardiaque est catégorisée en 4 catégories (et non 3): à fonction altérée (FEVG < 40%), modérée (FEVG entre 40 et 49%), à fonction préservée (FEVG > 50%) et, à fonction améliorée (FEVG anciennement < 40% maintenant > 40%). Dans l'insuffisance à fonction altérée, les inhibiteurs de néprilysine sont notés comme traitement de 1ère intention. S'ils ne sont pas tolérés, des IEC peuvent les remplacer, et si les IEC ne sont pas tolérés, un ARAII. Cependant les inhibiteurs de néprilysine (sacubitril) n'existent qu'en association avec un ARAII, ce qui signifie au moins une bithérapie. A ces traitements s'ajoutent en 1ère intention aussi: les antagonistes de minéralocorticoides (= diurétiques épargneur potassiques: spironolactone ou éplérénone), les bêta bloquants (bisoprolol, carvedilol et metoprolol succinate uniquement car ce sont les seuls réduisant la mortalité), et les inhibiteurs de SGLT-2. Ces classes sont toutes recommandées car elles diminuent la mortalité, sans préciser de stratégies thérapeutiques évolutives. Il faudrait donc que tout patient insuffisant cardiaque ait: sacubitril+valsartan + bêta-bloquant + spironolactone + inhibiteur de SGLT-2. L'ESC proposait un schéma un peu plus évolutif : l'inhibiteur de néprilysine n'étant recommandé qu'en cas de persistance de symptômes sous IEC. En cas d'insuffisance cardiaque à fonction préservée ou modérément altérée, seuls les diurétiques au besoin ont un niveau de preuve élevé, les inhibiteurs de SGLT-2 sont une option acceptable avec un niveau de preuve de grade 2a. Ensuite ils parlent de l'amylose, mais ça, c'est pas de la MG.



La question a été posée du dépistage de la fibrillation auriculaire par un ECG monopiste systématique lors d'une consultation de suivi (on en avait parlé ici) par rapport aux soins habituels en médecine générale dans un essai randomisé incluant  30 000 patients de plus de 65 ans. Les auteurs ont retrouvé qu'il y a eu 1,72% de patients avec une FA dans le groupe dépisté et 1,59% dans le groupe contrôle, sans différence significative. Bref, les soins courants et le dépistage par l'examen clinique c'est aussi bien.

4/ Rhumatologie

Le BMJ a publié une revue systématique évaluant l'efficacité des interventions psychologiques dans la prise en charge des lombalgies chroniques non spécifiques. L'association de thérapies cognitivo-comportementales,  d'éducation à la douleur et de soins délivrés par un kinésithérapeute permettaient une amélioration de la douleur et une amélioration fonctionnelle. Les effets semblaient se poursuivre jusqu'à moyen terme (6-12 mois) pour ces interventions. Il n'y avait pas d'études avec des critères de jugement à long terme. Les conseils, la thérapie pleine conscience, les thérapies de modification comportementales et les approches psychologiques combinées ne montraient pas d'efficacité.



5/ Pneumologie

Une étude quasi-expérimentale (avant-après) concernant la prescription de TDM pour dépistage du cancer du poumon a été conduite sur des registres de données américains. Le dépistage ayant été introduit en 2013, les auteurs ont comparé le taux de stade 1 chez des patients avec cancer non à petite cellules et leur survie les périodes 2010-2013 avec 2014-2018. Sur la 1ère période, le taux annuel de dépistage de cancers du poumon non à petites cellules de stade 1 était stable, puis a augmenté de 4% par an sur la 2ème période. Il y a donc probablement eu une augmentation des cancers découverts à un stade précoce. Sur le critère de jugement de la survie des patients, elle était également stable sur la 1ère période, puis a augmenté de 12% par an sur la 2ème période. Les auteurs estiment qu'entre 2014 et 2018, le dépistage du cancer du poumon a permis d'éviter 10 000 décès, mais le risque de découverte de cancer de stade 4 restait plus élevé chez les patients non-blancs, avec un faible niveau socio-économique. Il y a donc une amélioration de la survie spécifique, peut être grâce au dépistage, mais l'amélioration des traitements au cours du temps peut également être impliquée.



6/ Addictologie

Alors que Santé Publique France communique sur cette étude qualitative sur le Dry January comme une étude "prouvant" l'utilité de la campagne, intéressons-nous à l'étude. Le dry January, c'est ce défi d'un mois sans alcool qu'une partie des participants ont relevé et une partie non. 71 participants (dont la moitié consommaient plus de 10 verres par semaine) ont expliqué les freins à la restriction de la consommation d'alcool, profondément ancrée dans la culture française, une consommation valorisée conviviale et une dépendance stigmatisée, des risques peu connus (on l'avait déjà vu ici). Pour en revenir au Dry January, l'expérience apparaît dans un questionnement autour du bien être ou des habitudes de vie, ou encore dans un contexte collectif (soutien aux amis, soutien à la collectivité) ou tout simplement pour le challenge. La pression sociale (peur d'une stigmatisation, de devoir limiter les interactions sociales) et le manque de notoriété de l'évènement étaient des freins forts à l'engagement et la réussite de ce défi. L'article est intéressant à lire comme un reflet de l'image de l'alcool en France, rappelons cependant qu'une étude qualitative montre la diversité des points de vue sur une question mais que la méthodologie n'est pas vraiment adaptée à prouver l'utilité de quelque chose, sauf pour les participants en faveur et uniquement chez eux...



7/ Le jeu du mois : Cerebria

Cette semaine, nous vous parlerons d'un jeu expert: "Cerebria, le monde intérieur". Tout d'abord, le jeu est magnifique, avec des figurines somptueuses qui permettent l’immersion dans ce monde qu'est l'esprit d'une personne. Chaque figurine que vous allez incarner est une émotion: l'empathie, l'harmonie, la colère... L'équipe des émotions positives affronte celle des émotions négatives (on joue donc en 1 vs 1, ou 2vs2 et même 2vs2vs2 avec l'extension "équilibre"). Le but du jeu est, grâce à un deck de cartes émotions, d'arriver à placer et renforcer les émotions que l'on met en jeu. Le placement des émotions sur des territoires donne le contrôle du territoire quand on est majoritaire et ainsi accomplir les objectifs de la manche. Chaque objectif rempli permet de mettre une pièce sur la colonne de l'esprit qui se construit au fur et à mesure des manches. S'il y a plus de pièces bleues, l'équipe des émotions négatives gagne, et s'il y a plus de pièces oranges, c'est l'équipe des émotions positives. La mécanique est assez complexe car il chaque joueur a un plateau d'actions individuelles et un plateau d'actions d'équipe s'ajoutant au plateau commun. Bref, c'est un jeu passionnant, magnifique et immersif. Malgré sa complexité, c'est un coup de cœur !



C'est fini ! Nous vous remercions pour le petit questionnaire http://up5.fr/perfect-medecin qui ne vous prendra que quelques minutes, et vous pouvez toujours vous abonnez surFacebookTwitter et à la newsletter (mail) pour ne rater aucun billet. Pour cela, inscrivez votre adresse mail e-mail tout en haut à droite sur la page (sans oublier de confirmer l'inscription dans le mail intitulé "FeedBurner Email Subscriptions", qui vous sera envoyé et qui peut arriver dans vos spams)

A la semaine prochaine !

@Dr_Agibus et @DrePetronille