Atchoum

La parole aux femmes.

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Rédigé le 29/12/2018
Par Baptiste Beaulieu
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L’autre jour, une amie soignante me parlait d’un patient.

«Il se fout systématiquement à poil, même pour une simple angine. Alors qu’avec mes associés -qui sont des hommes- jamais. Ça me met en colère. »

Ma propre soeur me dit qu’en tant que soignante elle est souvent amenée à recadrer des patients qui la complimentent lourdement sur son physique.

Sur internet, j’ai posé la question aux soignantES et j’ai récolté beaucoup de témoignages.

Il y a ces jeunes femmes médecins qui racontent comment des hommes qu’elles aident à se redresser s’accrochent pile à leurs hauts, au niveau du décolleté. Avec ça ? Les remarques salaces sur la douceur de leurs mains, la taille de leurs poitrines.

Il y a les infirmières qui, alors qu’elles sont en train de poser une sonde urinaire à un homme, s’entendent dire de, je cite, « bien caresser la veine pour la faire gonfler ». Mais il y a aussi les patients qui offrent systématiquement une vue plongeante sur leurs organes génitaux quand les infirmières entrent dans leur chambre et qui, quand les soignantes tentent de cacher tout ça avec un drap, leur répondent “ah mais je suis pas pudique moi, vous inquiétez pas…” sachant qu’ils NE FONT PAS ça avec leurs collègues masculins.

Les soignantes me parlent également des patients qui s’accrochent à leurs blouses pendant les mobilisations et qui font “malencontreusement” sauter les pressions. Pourquoi croyez-vous que beaucoup d’infirmières portent un débardeur même quand il fait 30° dans le service l’été ?!?!

Il y a les aides-soignantes qui, alors qu’elles procèdent au rasage préopératoire, voient le patient ricaner et leur dire d’insister au moment de raser le pubis. Les patients qui veulent absolument qu’on leur fasse la toilette intime alors qu’ils sont opérés du pied et tout-à-fait capables de s’en charger comme des grands. Ou ces autres patients qui cessent de sourire quand c’est un homme aide-soignant qui vient se charger de la toilette en question puis qui demandent expressément que ce soit plutôt “la gentille dame de tout-à-l’heure”…

Avec ça ? Les auxiliaires de vie ou les kinésithérapeutes qui doivent gérer les patients hommes qui veulent systématiquement se mettre tout nu pour des soins qui ne nécessitent pas de quitter leurs sous-vêtements.

Les féministes le disent depuis des années : il y a un problème avec la masculinité. Sur la façon dont la société enseigne aux petits garçons comment devenir des hommes. Elles le disent et personne ne les écoute. Pourtant, je vous le demande : si vous marchez dans la rue, la nuit, et que vous entendez du bruit provenir de l’intérieur d’une ruelle mal éclairée : serez-vous plus rassuré d’en voir sortir une femme ou un homme ?

Les soignantes qui m’ont écrit tous ces témoignages que je suis triste de relayer aujourd’hui ont le droit d’être en colère car il existe une différence fondamentale entre être UN soignant et UNE soignante : s’il m’arrive parfois d’être en situation de conflit avec un patient, et que je sens cette situation comme pouvant possiblement dégénérer vers une agression physique, je n’ai JAMAIS, je dis bien JAMAIS craint une agression sexuelle venant d’un patient.

Je passe mes journées seul avec des malades.

La moitié sont des hommes. Et je n’ai pas peur. Ou si j’ai peur, ce n’est pas CETTE peur là.

Mes collègues soignantes ne peuvent pas en dire autant.

(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)