Dragi Webdo n°299 : Covid-19 (vaccin, hésitation vaccinale, réinfections), vaccin HPV, dépistage cancer thyroïdien, contraception d'urgence/DIU, cyproterone/méningiomes

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Rédigé le 07/02/2021
Par Dr Agibus
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Bonjour ou bonsoir (selon l'heure à laquelle vous allez lire ce nouveau billet) ! Je n'ai pas réussi à limiter le nombre d'articles, c'est le début du mois, tous les journaux sortent leur nouveau numéro, bref, trop de trucs intéressants (avec plein d'études françaises en plus!)... bonne lecture !

1/ Pharmacovigilance

Un article du BJGP retrouve une association entre les injections articulaires de corticoïdes et la survenue d'infarctus du myocarde avec une incidence de 1,9 syndrome coronaires aigus pour 1000 infiltrations.

Une étude du BMJ a utilisé les données de l'assurance maladie française pour comparer l'incidence des méningiomes chez des patientes traitées par acetate de cyproterone (Androcur* ou autre) par rapport à des patientes contrôle. Il y avait 6 fois plus de méningiomes chez les patientes sous acetate de cyproterone (NNH=5200 patientes.année). Le risque était multiplié par 20 chez les patientes ayant eu plus de 60g de cyproterone, et diminuait après l'arrêt du traitement. Tout cela vient mettre des chiffres sur les alertes de l'ANSM.



2/ Covid-19

La HAS valide l'utilisation du vaccin AstraZeneca chez les professionnels de santé et les patients de 50 à 64 ans, mais pas après car il n'y avait pas assez de patients de plus de 65 ans dans l'étude ayant conduit à cette décision. L'efficacité est d'environ 70%, ce qui est quand même moins que pour le Moderna et le Comirnaty. Cependant il se conserve au réfrigérateur donc c'est bien plus pratique. Compte tenu du manque de vaccins, c'est probablement une bonne chose de pouvoir vacciner avec une efficacité suffisante plus de patients dans une tranche d'âge non encore vaccinée, mais si les vaccins étaient en quantité suffisante, on peut se demander s'il ne faudrait pas prioriser les autres.

Le vaccin russe à adénovirus recombinant (Sputnik V) a été testé dans une étude de phase 3 randomisant 22 000 patients vaccin versus placebo (3:1). Les auteurs retrouvent une efficacité du vaccin de 91%, et 0,4% d'effets indésirables graves (vs 0,3% avec le placebo), mais les effets indésirables non graves sont moins bien décrits (notons que c'est la 1ère fois dans un Lancet la formule de calcul d'un Odd Ratio...)

En pleine campagne de vaccination, le Lancet a publié un article sur les Français, car on est quand même les meilleurs quand il s'agit d'étudier l'hésitation vaccinale ! Ainsi, près de 2000 Français actifs ont été interrogés selon diverses modalités de vaccins. On voit que les opposants au vaccin le sont quelles que soient les circonstances, mais la part d'hésitants se réduit au profit des personnes acceptant de se faire vacciner quand on réduit la probabilité d'effets secondaires, qu'on augmente l'efficacité et selon le lieu de fabrication. Globalement, l'opposition/hésitance vaccinale était associée au sexe féminin, à l'âge, au faible niveau socio-économique, à une mauvaise adhésion aux autres recommandations vaccinales et au fait de ne pas avoir de maladies chroniques.

Une étude américaine et britannique a, de la même façon, retrouvé que la désinformation sur internet concernant la vaccination anti-Covid diminuait de 6% le nombre de personnes qui souhaitaient se faire vacciner.

Une revue systématique s'est intéressée à la récurrence des infections à Sars-Cov2. Ces récurrences se sont produites de façon variables dans les cohortes: entre 2 et 20% des patients. Il n'y a que chez 3% des patients que l'intensité des récurrences était supérieure à l'épisode initial. Les auteurs concluent que le risque de récurrences est donc notable, même chez les personnes immunisées.

Dans les traitements testés, l'étude Recovery randomisait azithromycine versus placebo chez des patients hospitalisés pour COVID-19. Les auteurs retrouvent que l'azithromycine ne fonctionne pas, ni pour réduire la mortalité, ni pour réduire d'autres critères cliniques, voilà.



3/ Cardiovasculaire

Devant l'absence de bénéfice, l'USPSTF se positionne contre le dépistage des sténose scarotidiennes chez les patients asymptomatiques en population générale (Pas de preuve d'un bénéfice et quelques risques à dépister).



4/ Oncologie

Dans un article du Lancet Diab&Endoc, les auteurs confirment l'absence d'intérêt de dépistage du cancer de la thyroïde sauf chez certaines populations à haut risque:

  • les enfants exposés à des retombées nucléaires ou à des radiations thérapeutiques: palpations tous les 5 ans
  • syndromes héréditaires (sauf cancer médullaire): palpation systématique
  • hérédité familiale de cancer non médullaire de la thyroïde (2 voire 3 cas familiaux): palpation annuelle à partir de l'âge du cas le plus jeune

Notons que l'échographie n'est jamais recommandée systématiquement. En effet, le tableau des risques du dépistage est bien plus long que celui de ses indications (On avait déjà parlé du surdiagnostic de ce cancer plusieurs fois notamment ici)

5/ Gynécologie

Un essai contrôlé randomisé a comparé l'utilisation d'un DIU au levonorgestrel à 52mg versus un DIU au cuivre en T à 380mg (LA référence en termes de DIU) dans l'indication de contraception d'urgence. C'est une étude de non infériorité ayant randomisé 600 femmes. À 1 mois, il y avait 1 grossesse dans le groupe LNG et aucune dans le groupe T380 soit une différence absolue de 0,3% suffisante pour prouver la non infériorité. Cette étude est intéressante mais compte tenu du plus faible nombre de grossesses qu'attendu par les auteurs, on peut se demander s'il ne faudrait pas une étude de plus grande ampleur.



6/ Néphrologie

La Cochrane a publié une revue concernant les traitements du prurit chez les patients atteints de maladie rénale chronique. Les antihistaminiques sont le traitement le plus courant malgré le manque de preuves. Les traitements les plus efficaces sont les antiépileptiques comme la gabapentine et la prégabaline. D'autres traitements comme le montélukast et le sulfate de zinc pourraient avoir une efficacité de moindre ampleur.



7/ Vaccination HPV

Une étude Sud-Coréenne a comparé environ 350 000 patientes vaccinées contre le HPV et 50 000 non vaccinées. Les auteurs ne retrouvent pas d'augmentation d'effets indésirables (endocrinien, auto-immun/vasculaire ni neurologique), en dehors d'une légère augmentation des migraines de 3 patients pour 1000 vaccinées qui n'était pas retrouvée en analyse secondaire. Voilà qui est globalement rassurant encore une fois.

Une étude qualitative irlandaise s'est intéressée au point de vue de parents de jeunes filles au sujet de la vaccination contre le papillomavirus. Les composantes de l'hésitation vaccinale se rapprochent de celles habituellement citées : l'historique des doutes autour des vaccins (notamment le ROR), la peur d'effets indésirables renforcée par les communications autour d'effets indésirables potentiels, mais aussi le manque de sources fiables d'informations à destination du grand public, notamment sur l'efficacité du vaccin. Les parents ont en revanche des connaissances, incomplètes, sur les effets du vaccin et le souhait de protéger leurs filles. Enfin, en Irlande, la confiance envers les autorités sanitaires a été ébranlée par un scandale révélé en 2018 autour des dépistages du cancer du col avec des erreurs de résultats limitant la confiance autour des campagnes promues par les autorités, dont la campagne vaccinale. La confiance à l'égard des professionnels de santé est réaffirmée dans cette étude. Il serait intéressant d'ouvrir cette discussion aux parents de jeunes hommes, inclus plus récemment dans la campagne vaccinale pour lesquels les enjeux personnels sont différents. Il semble nécessaire de mieux identifier le rôle des différentes sources d'information afin de s'en saisir pour améliorer la qualité de l'information diffusée auprès des populations ciblées par la campagne vaccinale. 

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A la semaine prochaine !

 @Dr_Agibus et @DrePetronille (pour le quali et la relecture!)